Ce sont deux grands classiques de la série qui font aujourd’hui leur entrée dans La Grande Collection Astérix, avec la sortie en librairies ce 9 avril des albums Obélix et Compagnie et Astérix chez les Belges dont les encrages, lettrages et colorations ont été restaurés.

23frgc.jpgDerniers scénarios écrits par René Goscinny avant son décès soudain en novembre 1977, ces deux titres respectent l’alternance classique : un album dans le Village, un album en voyage.
Qui dit album dans le Village, dit menace sur ce dernier. Dans Obélix et Compagnie, elle est incarnée par Caius Saugrenus, jeune « néarque » (de la Nouvelle Ecole d’Affranchis ) devenu conseiller de César.

Caius_Saugrenus_Pose.jpgCet ambitieux jeune homme, dont les traits sont en partie inspirés par un Jacques Chirac alors premier ministre (l’album sort en 1976), est un ultra-libéral avant l’heure. Abrutissant Gaulois et Romains d’un verbiage incompréhensible mêlant théories économiques et études de marchés, il domine l’assistance de sa superbe. Jusqu’à impressionner Jules César en personne, qui lui confie la tâche de vaincre les Irréductibles Gaulois en en faisant des décadents, plus préoccupés par le confort et l’argent que par la survie de leur village.

Sur ce principe étonnant, les auteurs d’Astérix se lancent dans 44 planches de caricatures et parodies comme seuls ils en ont le secret, moquant au passage tous ces jeunes issus de grandes écoles qui viennent, chiffres à l’appui, leur expliquer quoi faire avec Astérix. « J’ai assisté à ce genre de séance chez Dargaud » raconte Goscinny à Bernard Pivot à la sortie de l’album. « Tous ces gars-là expliquent ce qu’il faut faire pour vendre un journal. Ils arrivent avec leurs grandes feuilles bourrées de chiffres, de courbes, ils font des dessins et moi, à les regarder et à les entendre, je passe des moments d’une grande qualité, je m’amuse, parce que pendant qu’ils parlent, je décale ! »

Et c’est ainsi que René Goscinny imagina un album riche en anachronismes et coups de poings assénés aux Romains, comme il se doit, mais qui est également encore utilisé aujourd’hui dans de grandes écoles pour expliquer à des élèves les concepts de base de l’économie et du marketing !

24frgc.jpgRien de tout cela dans Astérix chez les Belges. Cette fois, l’argument est une bouffonnerie digne de nos héros et, dans ce cas particulier, de leur chef Abraracourcix. Vexé que Jules César ait écrit dans ses Commentaires de la Guerre des Gaules que , je cite, « de tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves », le chef, flanqué de ses deux grands guerriers Astérix et Obélix, file vers le plat pays montrer de quel bois sont faits les Gaulois.

Et là, c’est un festival ! Concours de destruction de camps romains entre Belges et Gaulois avec Jules César en arbitre, pirates se revendiquant comme neutres mais ne parvenant pas, bien sûr, à sauver leur galère, apparitions des Dupondt, d’Eddy Merckx, d’Annie Cordy, du Mannekenpis, parodies d’un tableau de Bruegel et de vers de Victor Hugo… Sans oublier quantité de jeux de mots et de langages basées sur les différences entre les français de Gaule et de Belgique, bien connues de Goscinny et Uderzo qui ont longtemps travaillé pour la presse en Belgique.

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Un album flamboyant, sur lequel flotte malgré tout une émotion palpable, celle consécutive à la disparition subite d’un René Goscinny qui n’aura pas pu en découvrir toutes les planches. Son inséparable ami Uderzo, inconsolable, ajoute en hommage, près de la table du banquet final, un petit lapin triste qui vient symboliser Gilberte, l’épouse de René, surnommée « lapaing » par son mari. Du rire aux larmes, René Goscinny et Albert Uderzo ont su créer, avec Astérix, une œuvre sincère, forte de toutes les émotions de l’âme humaine, et qu’on prend plaisir à redécouvrir plus de 40 ans après leur première parution, et pour la première fois en grande collection.

Bonne lecture !