Fans d'Astérix, vous connaissez tous la formidable histoire de la création du plus célèbre des héros Gaulois. Sur un balcon de Bobigny, pendant l'été caniculaire de 1959, deux inséparables amis, René et Albert, se creusent la tête et semblent douter du crayon… Jusqu'au moment où les saisit une géniale inspiration ! Une nouvelle série humoristique, située au temps des Gaulois, est née. Le mythe Astérix est en marche.


  Photo: Donatien Clauteaux
Mais cette fois nous allons remonter un peu plus loin dans le temps, aux prémisses de ce qui deviendra le journal Pilote. Un homme, François Clauteaux, porte en lui, depuis l'enfance, un projet novateur. Son rêve: créer un journal pour la jeunesse, révolutionnaire, unique. François veut tout simplement inventer le journal qu'il rêvait de lire lorsqu'il était enfant, puis adolescent. Un journal qui traiterait de tous les sujets, comme ceux des " grands ". Un journal qui éveillerait la curiosité, la créativité des plus jeunes, et leur proposerait des activités sources pour eux d'épanouissements tous horizons. Un journal qui permettrait aux jeunes lecteurs de devenir acteurs de leur propre vie, acteurs d'une vie qu'il ne tiendrait qu'à eux de rendre exceptionnelle.

Nous sommes à la Libération. La France revit, et François, fort d'une expérience de journaliste déjà conséquente malgré son jeune âge, pose les fondations de son projet: " J'imaginais le journal de mes rêves, enrichi de mes déjà nombreuses expériences. Le contenu : enquêtes, reportages, interview, le format et l'aspect se rapprochant de Match. J'imaginais une double page documentaire dessinée ou photographique : " écorché " de machine, fresque historique, paysages. Toutes les matières scolaires s'y retrouveraient sous une forme attractive et, si possible, incitant à l'action. Enfin il y aurait une place importante laissée à des activités proposées aux lecteurs. "

Ce magazine encore utopique a déjà un nom: Pilote. Et la description qu'en fait alors le tout jeune François Clauteaux (25 ans !), ne laisse pas de surprendre: on reconnaît déjà le Pilotorama et l'esprit qui portera, " Mâtin, quel journal ! ", un des monuments de la presse française du XXème siècle.

Alors inabouti, ce projet renaîtra à la fin des années cinquante, lorsque la grande aventure de François Clauteaux directeur de la publicité de Monsavon et Dop s'achève. Cette fois, la chance est du côté de François: grâce à l'aide de son ami Jean Hébrard, il fait la connaissance de trois talentueux jeunes gens dont on ne sait pas encore qu'ils deviendront trois légendes de la bande dessinée. Leurs noms: Jean-Michel Charlier, René Goscinny et Albert Uderzo.

Le lancement du journal, orchestré de main de maître par un François Clauteaux devenu une référence dans ce qu'on commençait tout juste à appeler " marketing ", permet de faire connaître les géniales créations de ce trio de choc ravi d'avoir enfin carte blanche pour exprimer leur talent comme ils l'entendent. Astérix, en particulier, s'affirmera bientôt comme un phénomène unique dans l'histoire de la Bande Dessinée, tant et si bien que Pilote ne tardera pas à devenir le journal d'Astérix et Obélix. A ce moment là, François Clauteaux se sera déjà envolé vers de nouvelles aventures, et Pilote connaîtra ses plus belles années sous la direction de nos trois compères, dont l'infatigable créativité et l'humour inimitable feront, et font encore le bonheur de générations d'enfants et d'adolescents.


Moments de complicité entre Albert Uderzo, Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres,
et François Clauteaux, qui vient de recevoir des mains de son ami sa décoration
de Chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres.

Pour tous ceux qui ont eu la chance de connaître quelques uns de ces hommes qui ont présidé à la création de ce journal extraordinaire, la recette d'une telle potion magique ne fait aucun doute: Jean-Michel Charlier, François Clauteaux, René Goscinny et Albert Uderzo n'ont jamais renoncé à leurs rêves d'enfants, et se sont engagés corps et âme, à force de travail et de talent, pour les réaliser, et les partager pour le plus grand plaisir de tous ceux qui ont conservé en eux leur âme d'enfant. Leur oeuvre commune est un bien impérissable, qui nous enseigne une fidélité sans faille aux valeurs et aux aspirations de notre enfance.

Ce qui m'amène à vous raconter aujourd'hui cette belle histoire est une triste nouvelle d'un homme qui se montra toute sa vie incapable de tristesse et fit le bonheur de ceux qui eurent la chance de le côtoyer : François Clauteaux nous a quitté dimanche 25 mars 2007 pour rejoindre Toutatis dans un ciel qui nous est ce jour là un peu tombé sur la tête.

La fidélité et la loyauté sans failles d'Albert Uderzo envers François Clauteaux n'ont eu de cesse de susciter l'admiration de ce dernier. C'est à ces qualités entre toutes admirables du co-créateur d'Astérix que je dois de pouvoir vous conter aujourd'hui ce petit bout d'Histoire. Car il y a derrière la grande histoire de François Clauteaux et de Pilote une histoire qui, pour être plus modeste, n'en est pas moins belle: si Jean-Michel Charlier, François Clauteaux, René Goscinny et Albert Uderzo sont devenus en quelque sorte pour des générations de lecteurs des pères idéaux, François Clauteaux en particulier, pour moi, Denis Clauteaux, fut un père extraordinaire.

François Clauteaux, enfant: déjà un vrai petit "pilote"!

Que Toutatis prenne soin de lui et lui réserve une place de choix dans le ciel Gaulois !

Obi