" Il y a des dates dans la vie d'un être humain qui marquent à jamais les passages de l'existence, qu'elles soient ensoleillées de joies ou qu'elles apportent au contraire un dur chagrin.
Ce fut le cas en cette date du 5 novembre 1977 où nous nous apprêtions à fêter comme chaque année la sainte Sylvie, qui est le prénom de notre fille.
Triste cadeau de fête pour celle qui apprenait comme nous tous que ce samedi matin-là, son " tonton " René, comme elle l'appelait, était mort brutalement. "

Albert Uderzo
Il y a quarante ans, déjà, René Goscinny nous quittait, et sa soudaine disparition suscitait une immense émotion chez ses millions de lecteurs, qui se savaient orphelins d'un véritable génie de l'humour.


Albert Uderzo, son inséparable compère et premier admirateur, perdait quant à lui ce jour-là également un ami : " J'ai partagé vingt-six années de travail dans la plus grande complicité et la plus parfaite entente, et ce malgré le succès et la réussite que nous connaissions. Mise à part cette osmose qui nous unissait dans ce parcours professionnel sans tache, il était né entre nous une amitié extraordinaire et indéfectible que rejoignaient nos épouses respectives et nos deux filles ; il agissait envers moi comme un frère très protecteur et vigilant alors qu'il n'était mon aîné que de huit mois. Et je le considère comme le plus grand et le plus prestigieux scénariste de son époque dans le 9ème art. Dois-je avouer qu'il me manque encore beaucoup aujourd'hui ? Je suis rassuré de savoir qu'une quantité considérable de lecteurs qui le lisent à travers le monde font qu'il reste et qu'il sera encore, aujourd'hui et demain, toujours dans la mémoire collective de ses admirateurs et c'est cela le plus important. "

En effet, quarante ans plus tard, René Goscinny demeure un des auteurs français les plus lus au monde et son oeuvre est aujourd'hui élevée au rang de classique de la bande dessinée. Quant aux plus de 2 000 personnages nés de son invention foisonnante, ils forment une hilarante comédie humaine qui fait à l'état civil une concurrence que Balzac lui-même n'aurait jamais osé imaginer !

Grand admirateur du talent de scénariste de son ami, Albert Uderzo n'a jamais interrompu son dialogue créateur avec celui dont il était le plus proche collaborateur. A chaque nouveau gag, à chaque nouvelle péripétie nés sous son crayon dans le quotidien des héros qu'ensemble ils ont créés, Albert se demande ce qu'en aurait pensé René. Les lecteurs ne s'y trompent pas : par millions, de tous âges et de toutes nationalités, ils continuent à plébisciter Astérix et Obélix. En cela, les deux créateurs d'Astérix ont tenu leur promesse de veiller à ce qu'Astérix et Obélix restent toujours ensemble pour notre plus grand plaisir. Une promesse exprimée dans le texte ci-dessous, écrit par René Goscinny et lu par Albert Uderzo lors d'une projection publique du film d'animation Les 12 Travaux d'Astérix. Un texte qui résonne aujourd'hui comme un message bienveillant laissé à ses lecteurs par René Goscinny.




Quarante ans plus tard, Albert Uderzo veille à ce que les noms de l'un et de l'autre continuent de figurer côte à côte sur tous les albums d'Astérix. D'ailleurs faites le test : demandez à un lecteur d'Astérix, aujourd'hui encore, lequel est le dessinateur, lequel est le scénariste. Et bien, très souvent... C'est l'autre !

René Goscinny avait raison : le duo qu'il formait avec Albert est à jamais inséparable, et le souvenir de René Goscinny reste pour toujours gravé dans nos cœurs de lecteurs.